Bahreïn : une révolution enterrée ?

Mamoudou Diaw

En 2011, le Bahreïn s’enlise à son tour dans une vague de contestations politiques, sociales et populaires qui touche une grande partie du monde arabe, aussi connue sous le nom de “Printemps arabe”. Ainsi, le 14 février, des manifestations commencent à avoir lieu dans la capitale du pays. Les inspirations tunisiennes et égyptiennes sont évidemment un phénomène déclenchant, le mouvement donnant de fait une place importante à la jeunesse et aux réseaux sociaux. La place de la Perle à Manama, la capitale, est alors le symbole de ces manifestations pacifistes rassemblant plusieurs milliers de citoyens. Les autorités du pays répondent à ce mouvement par une forte répression, notamment en envoyant l’armée. En mars, le régime des Al Khalifa est rapidement épaulé par son allié saoudien ainsi que par les Émirats arabes unis qui mettent à disposition des troupes au nom de leur alliance au sein du Conseil de coopération du Golfe.

Le soulèvement de la population bahreïnie est dû à différents facteurs. Le facteur confessionnel est souvent le premier à être avancé. En effet, le Bahreïn est constitué d’une majorité de musulmans chiites (environ 70%), et donc une minorité sunnite, dont fait partie la famille royale des Al Khalifa. Les chiites du Bahreïn se sentent marginalisés à l’emploi et dans l’accès aux services publics. Malgré cela, la question confessionnelle n’est pas la seule à pouvoir expliquer l’origine de la contestation, même si le régime tente de l’instrumentaliser.  

Les facteurs sociaux et économiques sont véritablement ce qui a poussé la population à se soulever et à manifester. En cause, une hausse du chômage, dont les chiites sont les principales victimes, ainsi qu’une corruption devenue insupportable pour les citoyens. Mais avant tout, c’est pour relancer véritablement la dynamique de réforme  impulsée par  le référendum sur la charte d’action nationale 10 ans plus tôt (le 14 février 2001) que le peuple décide d’agir, d’où le slogan « ni sunnite, ni chiite, bahreïni ».

Cette contestation a dû faire face à une grande répression de la part du régime. Les autorités ont tout de même exigé un rapport sur la situation et la manière dont les manifestants ont été traités. Le rapport a mis en évidence « un usage excessif et injustifié de la force ». Le régime a alors déclaré que tous les responsables de ces excès répondraient de leurs actes. Cependant, ce sont plutôt les personnes engagées dans les manifestations, opposants politiques, militants, et parfois même des médecins qui ont été arrêtés, si ce n’est torturés, qui se retrouvent en prison (à perpétuité pour certains). On compte en tout 89 morts en 2014, du fait des nouvelles contestations à chaque anniversaire.

Kâmil Benarafa 

Depuis le mouvement de contestation politique et sociale initié en 2011 par la jeunesse du Bahreïn, le régime sunnite des Al Khalifa a progressivement durci le ton contre toutes les formes d’opposition. À partir de 2014, le petit archipel de 600 000 Bahreïnis, à 70% chiite, s’est vu secoué par des troubles sporadiques, manifestations et autres revendications populaires, principalement initiés par les chiites du pays. Ceux-ci revendiquent une meilleure représentation politique, dans un pays où le Parlement, qui n’a déjà que très peu de pouvoir, ne les représente pas. 

Aux élections législatives d’octobre 2010, les dernières auxquelles l’opposition a participé, le plus grand parti d’opposition, Al Wefaq, a recueilli 64% des suffrages, et ce dans une campagne électorale qui était largement en sa défaveur. Pourtant, les parlementaires d’Al Wefaq n’étaient que 18 sur 80 suite aux élections législatives de 2010, soit 22% du Parlement, alors qu’ils avaient recueilli une majorité absolue des suffrages. En cause, la répartition des sièges au Parlement, dont 40 d’entre eux (ceux de la chambre haute) sont attribués à des personnalités choisies directement par le monarque. De plus, le scrutin d’arrondissement majoritaire désavantage le vote chiite puisque le découpage des circonscriptions fait en sorte que les chiites soient regroupés à l’intérieur d’un nombre restreint de circonscriptions. Ainsi, une circonscription à majorité chiite, qui aura 5 à 6 fois plus d’électeurs que dans une circonscription à majorité sunnite recevra le même nombre d’élus que cette dernière (à savoir un par circonscription). Enfin, même des tribus saoudiennes, inféodées au pouvoir sunnite du Bahreïn, qui n’habitent pourtant pas sur le territoire du Bahreïn, sont invitées à voter lors des élections législatives, en raison de leurs liens historiques avec le pays. 

En 2014, l’opposition, emmenée par le parti Al Wefaq, a décidé de boycotter les élections législatives. En 2016, la justice décide de dissoudre Al Wefaq pour « incitation à la violence et encouragement de manifestations menaçant de déclencher des conflits sectaires ». 2016 coïncide d’ailleurs avec une intensification de la répression perpétrée par le régime envers la dissidence, que ce soit des opposants politiques ou des défenseurs des droits humains. Pour cela, un large éventail de techniques répressives est utilisé pour museler toute forme de contestation à l’encontre du pouvoir : interdictions de quitter le territoire, arrestations, interrogatoires, placement en détention arbitraire, tortures et déchéance de nationalité. Depuis 2012, au moins 980 Bahreïnis se sont vu retirer leur nationalité, les rendant apatrides, et donc plus vulnérables d’un point de vue des droits qui leur sont garantis. Cette campagne de déchéance de nationalité a valu au Bahreïn d’être rappelé à l’ordre à plusieurs reprises par le Haut-Commissariat des Nations-Unies aux droits de l’Homme.

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