La Guerre ukrainienne: Un conflit récent ancré dans le passé

source: afp.com/ Aris Messinis

Contrairement à ce que véhicule la majorité des médias contemporains, le conflit russo-ukrainien « n’est pas né de la dernière pluie ». Les prémisses de celui-ci remontent à l’apparition-même de l’Ukraine indépendante en 1991. La situation post-Union Soviétique était marquée par un cadre géopolitique et géographique stable, mais un certain nombre de non-dits entre les deux puissances mondiales (États-Unis, Fédération de Russie) provoquant une tension incessante dans la région avoisinant la nouvelle Fédération de Russie.

Malgré cette stabilité établie, les deux puissances ne cessent de développer leur influence dans les États stratégiques, menant ainsi à une rupture progressive de la paix mondiale. 

Pour plus d’informations précises sur l’origine des conflits ukrainiens, je vous renvoie vers l’article rédigé par Anna KARDAVA disponible sur le site de notre association (https://conscient.info/point-historique-pour-comprendre-la-situation-ukrainienne%ef%bf%bc/).

OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) : origine ou spectateur de l’escalade de la situation en Ukraine ?

Aujourd’hui, le conflit ukrainien est présenté comme l’une des crises humanitaires majeures du XXIème siècle, causant des pertes civiles considérables (plus de mille civils décédés depuis le début du conflit d’après le bilan de l’ONU (Organisation des Nations Unies)) et poussant plus de 10 millions de personnes à l’exode. 

Cependant, pour comprendre les deux protagonistes majeurs du conflit, il est nécessaire de remonter aux accords passés à la fin de l’Empire soviétique. En effet, en 1990, lors d’une rencontre entre Mikhaïl Gorbatchev, Hans-Dietrich Genscher et James Baker, ces derniers assurent le dirigeant russe que « [l]’OTAN ne s’étendra pas d’un pouce vers l’est ». L’hebdomadaire allemand Der Spiegel, publie le 18 février 2022 un article contenant des documents officiels appuyant les propos prononcés par Genscher et Baker. Suivant cette logique, l’admission de la Pologne, la Hongrie et la République Tchèque à l’OTAN en 1999 constituerait une première violation des accords conclus oralement entre les deux puissances. Tel serait également le cas de l’extension des frontières de l’Union européenne majoritairement focalisée sur les États de l’Europe orientale.

Cependant, le point culminant dans l’escalade du conflit ukrainien est une vague promesse faite à l’Ukraine pour rejoindre l’OTAN en 2009, renforcée par une volonté de plus en plus ardue de l’Ukraine à rejoindre l’Alliance depuis la guerre de Crimée de 2014 (Cf. Article d’Anna KARDAVA). 

L’impossible confrontation directe entre les frontières « ennemies » ?

La Russie se trouve quelque peu impuissante face à la progression occidentale sur les territoires dits « neutres » et notamment l’Ukraine, où on remarque une suite présidentielle de plus en plus dirigée vers une potentielle europhilie. Ainsi, on passe de Viktor Ianoykovitch, président russophile à Volodymyr Zelensky, favorisant une politique basée sur un modèle démocratique et une pleine adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne et à l’OTAN. Élu le 21 avril 2019, il base sa campagne sur un cessez-le-feu dans la région séparatiste de Donbass et organise un référendum sur l’adhésion du pays à l’OTAN. Il est également à l’origine de la volonté d’accorder un statut spécial aux territoires de Donbass majoritairement pro-russes. 

C’est dans ce cadre qu’il rencontre le Président Vladimir Poutine lors du sommet formel de Normandie le 9 décembre 2019 afin de discuter de la démilitarisation des points de ligne du front ainsi que l’ouverture d’un passage entre les régions séparatistes et le reste de l’État ukrainien. Les négociations avec la Russie se poursuivent avec un accord, le 31 décembre 2019, pour le passage du gaz russe en Europe à travers l’Ukraine. 

Les véritables prémisses de guerre remontent cependant à avril 2021 et une mobilisation de plus de cent mille soldats russes près de la région de Donbass, constituant, selon les dires du président russe, une réponse à la menace de l’OTAN suite aux négociations avec l’Ukraine. Volodymyr Zelensky met alors un terme aux négociations avec l’Alliance et renonce à une possible inclusion de l’Ukraine parmi les membres de l’Union européenne. La militarisation russe ne prend cependant pas fin. En novembre 2021, les images des satellites montrent le déploiement du matériel militaire russe près de la frontière séparatiste. Vladimir Poutine justifie, de nouveau, cette action en accusant l’Union européenne de fournir du matériel de guerre aux Ukrainiens. 

En marge de ces mobilisations ont lieu des négociations entre les États-Unis et une Russie qui demande des « garanties juridiques » témoignant et affirmant que le statut de l’Ukraine demeurera neutre. Suite aux négociations, la Fédération de Russie publie deux projets de traités, dont l’un obligeant l’OTAN à cesser de déployer les armes dans les pays Est-européens ayant rejoint l’OTAN après 1997 et le second portant sur la non-intégration de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’Alliance transatlantique. Le Conseil européen considère cette demande comme une atteinte aux principes de l’architecture de sécurité européenne et renforce les défenses à l’Est en janvier 2022 tout en rappelant les conséquences économiques qu’encourrait la Russie en cas d’une invasion ouverte. 

Une nouvelle carte mondiale uniquement en cyrillique ?

Les tensions en Ukraine se concrétisent en janvier 2022. L’escalade est telle, que le président français Emmanuel Macron, décide de s’entretenir avec Vladimir Poutine sur des nouvelles garanties de sécurité le 7 février 2022. Le chancelier allemand Olaf Schultz se rend également à Kiev puis à Moscou afin d’appuyer les propos du président français une semaine plus tard (14 – 15 février). 

Les négociations entre les chefs de gouvernements n’aboutissent à aucun compromis. Le 21 février, Vladimir Poutine officialise la création de la République Populaire de Donetsk et de la République Populaire de Lougansk, non reconnues par la communauté internationale. Une nouvelle vague de sanctions frappe alors l’État russe. Les Occidentaux décident d’exercer une pression notamment avec la suspension du gazoduc Nord Stream 2, le ciblage des banques ayant contribué au financement des opérations militaires dans le Donbass, et la menace du blocage aux marchés des capitaux et services financiers. 

Le 24 février, la guerre éclate officiellement. Vladimir Poutine justifie l’offensive par la volonté de défendre les séparatistes du Donbass, mais les troupes russes se déploient de plus en plus rapidement dans l’intégralité du pays. Le jour même, le Conseil des Vingt-Sept décide de mettre à exécution les menaces du 21 février et suspend l’accès des Russes aux marchés des capitaux européens. 

La réponse russe intervient le 27 février et se manifeste par une menace nucléaire. Les États-Unis, le Canada et l’Union européenne décident alors de déconnecter les banques russes du SWIFT. Cependant, elles sont confrontées à un front désuni, car certaines banques, notamment liées au commerce du gaz, maintiennent leurs transactions avec l’ennemi. Une autre sanction consiste à geler les avoirs de la Banque Centrale Russe à l’étranger et la fermeture de l’espace aérien de l’Union européenne à la Russie. Les sanctions touchent également les médias nationaux à l’étranger, surtout avec l’interdiction de diffusion de Russia Today et de Spoutnik. 

Les sanctions européennes ne s’arrêtent cependant pas seulement à la Russie. Elles visent également son plus grand allié, la Biélorussie, qui se voit imposée un embargo sur un certain nombre de ses produits phares (hydrocarbures, tabac, ciment, fer, acier, …). 

Les hostilités s’intensifient dans le pays poussant le président ukrainien, le 28 février, à formuler une demande d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne « sans délai » via une procédure spéciale. 

Le même jour, l’ONU vote une résolution forçant la Russie à quitter l’Ukraine et cesser la menace nucléaire, soutenue par la majorité des membres de l’Assemblée générale, à l’exception de la Corée du Nord, de l’Érythrée et de la Syrie.  

La situation humanitaire du pays se dégrade. 6 jours après le début des hostilités, l’ONU compte 102 civils morts, 304 blessés et plus de 500 millions de civils ayant fui le pays (Pour plus d’informations sur l’aspect humanitaire du conflit, je vous renvoie à l’article rédigé par Kâmil BENARAFA : https://conscient.info/situation-humanitaire-des-civils-ukrainiens%ef%bf%bc/).

Le 3 mars 2022, après une longue conversation téléphonique entre les chefs de gouvernement russe et français, la conclusion est morose. Emmanuel Macron informe officiellement que « le pire est à venir », faisant référence à la continuité des attaques russes sur le territoire ukrainien. 

Le pronostic est juste. Le lendemain, l’armée russe attaque la centrale nucléaire de Zaporijjia provoquant un incendie dans le bâtiment de contrôle. Très rapidement, la plus grande centrale nucléaire européenne se trouve sous contrôle russe. 

À ce stade, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme annonce des pertes civiles s’élevant au nombre de 351 décès, 707 blessés et précise que la majorité des victimes a été frappée par des tirs de missiles terrestres et aériens dans les grandes villes. 10 jours après le début du conflit, plus de 1,3 millions d’Ukrainiens trouvent refuge dans les pays voisins. 

Les persécutions des civils poussent le président Zelensky à retirer sa demande d’intégrer l’OTAN et l’Union européenne au profit de la recherche d’un accord commun conduisant à un cessez-le-feu immédiat et un compromis pour les deux territoires séparatistes. 

Les États-Unis et le Royaume Uni poursuivent les sanctions en instaurant un embargo sur les importations de pétrole et de gaz russes. Cependant, cette initiative n’est pas suivie par l’Union européenne, majoritairement dépendante des hydro carburants russes. 

On assiste également à l’établissement d’une liste noire comprenant des oligarques, technologies russes et banques. 

Le 11 mars 2022, le Sommet des Vingt-Sept à Versailles affirme l’impossibilité d’intégrer rapidement l’Ukraine à l’Union européenne (la porte restant ouverte pour le futur). 

Selon Filippo Grandi, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, plus de 2,5 millions d’Ukrainiens ont trouvé refuge dans des pays européens. La crise ukrainienne devient officiellement le flux migratoire le plus rapide en Europe après la Seconde Guerre Mondiale. 

2 jours plus tard, la guerre se rapproche dangereusement vers l’Ouest (par une initiative russe) avec le bombardement d’une base militaire de Yavoriv, située seulement à 20 kilomètres de la frontière polonaise, la majorité des grandes villes russes, dont la capitale Kiev et Marioupol étant déjà encerclées. 

Le 16 mars, on assiste alors à l’exclusion de la Russie du Conseil de l’Europe et le lendemain, la Russie est accusée de crime de guerre suite au bombardement du Théâtre de Marioupol où se cachaient des civils et notamment un grand nombre d’enfants. Le bombardement a causé 21 morts et 25 blessés. 

Suite à cette attaque, le président américain Joe Biden qualifie, pour le première fois, Vladimir Poutine de « Criminel de Guerre ». 

Au 18 mars 2022, le conflit semble stagner. La majorité des grandes villes ukrainiennes est encerclée par les soldats russes, mais leur progression reste lente et marquée par des problèmes de logistique de tout genre (alimentation, munitions, médicaments).

Le bilan civil du 20 mars est lourd. On estime que plus de 10 millions d’Ukrainiens ont quitté leur pays pour trouver refuge dans les pays voisins ou en Europe.

Au 29 mars, des négociations de paix ont lieu entre les deux protagonistes à Istanbul et une nouvelle conférence téléphonique entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine est prévue pour 16h30. 

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