La question du Haut-Karabakh : une guerre sans fin ?

Haut-Karabakh Une guerre sans fin
Source : AFP / Aris Messinis

La défaite de la première guerre sanglante au début des années 1990, a conduit l’Azerbaïdjan à prendre sa revanche et à commencer les hostilités envers l’Artsakh et l’Arménie. Ces territoires étaient sous protection de l’Arménie et des forces militaires d’Artsakh. L’Azerbaïdjan a réussi à prendre le contrôle d’une partie de la République du Haut-Karabakh (ou république d’Artsakh depuis 2017, référence historique à sa désignation comme dixième province du royaume d’Arménie). D’après les annonces officielles, plus de 2.300 morts ont été enregistrés du côté de l’Azerbaïdjan, nombre largement sous-évalué puisque les autorités azéries refusent de communiquer leurs pertes militaires. Du côté de Moscou, l’estimation avancée est comprise entre 4.000 et 8.000 victimes.

 Si les pertes militaires sont les plus importantes, les civils arméniens et azéris ont également payé un lourd tribut. L’utilisation de bombes à sous-munitions dans les zones résidentielles dont se sont rendus coupables les deux protagonistes a été condamné par Amnesty International: “ Les armes à sous-munitions frappent par nature sans discrimination et leur utilisation est interdite en toutes circonstances en vertu du droit international humanitaire” (Denis Krivosheev, directeur pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale à Amnesty). 90.000 réfugiés ont quitté le Haut-Karabakh en direction d’Erevan depuis le début des combats le 27 septembre. Ceux qui ne sont pas partis s’abritent dans les caves. Les bombardements dans la capitale Stepanakert n’ont cessé pendant plus d’une semaine, ce qui a fait des centaines de victimes civiles. Pour répondre à ces hostilités, les forces arméniennes ont touché les bases militaires de Gandja (à 150 km au nord) à quelques reprises.

Si le cessez-le-feu du 9 novembre met fin aux combats, il ne permet pas de résoudre les tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan qui s’inscrivent dans le contexte d’un conflit vieux de plusieurs décennies. Dans ce conflit exit le groupe de Minsk (Russie, France et États-Unis) qui avait pourtant été décisif lors du cessez-le-feu de 1994. En effet ce dernier n’est pas parvenu, notamment par manque de volonté politique, à peser pour stopper les combats. Dans ce dossier, Français et Américains ont été complètement absents des négociations. Cette absence illustre les difficultés de la communauté internationale à apporter des réponses multilatérales aux crises. En effet, dans cette affaire c’est Moscou qui a joué un rôle majeur en se plaçant comme médiatrice incontournable de la sortie de crise.

     Le conflit du Haut-Karabakh a également démontré les lacunes du droit international. Dans cette situation, deux concepts se croisent : le concept d’intégrité territoriale et celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Suivant le concept d’intégrité territoriale, qui stipule que le territoire d’un État ne peut être divisé ou occupé par la force, le règlement de la question du Haut-Karabakh doit s’envisager dans le cadre territorial de l’Azerbaïdjan. En effet, la communauté internationale reconnaît cette enclave comme faisant partie intégrante de l’Azerbaïdjan, tandis que le Sénat français a récemment voté pour la reconnaissance de la République d’Artsakh. Le droit international met également en avant la notion d’autodétermination des peuples donnant, en principe, la liberté aux populations du Haut-Karabakh de choisir leur statut politique interne et externe. Pour autant, ce droit à l’autodétermination doit se faire sans ingérence extérieure. La position de l’Arménie dans le dossier, qui soutient activement les revendications des Arméniens de cette région, est donc contraire au droit international. Ainsi la question du Haut-Karabakh s’avère être un problème de jurisprudence extraordinairement compliqué.

Finalement, comme en 1994, la guerre est gelée. Les images des militaires azéris détruisant les maisons et les biens des habitants arméniens du Haut-Karabakh, ou encore le vandalisme et la destruction du patrimoine historique chrétien de cette région, est une preuve irréfutable du but recherché par le gouvernement azéri d’éradiquer les traces du peuple autochtone.

Face à une situation juridique extrêmement complexe et en l’absence de réelles volontés politiques pour une résolution du conflit, aujourd’hui le sort du Haut-Karabakh se décide aussi bien en Arménie et en Azerbaïdjan qu’en Russie et en Turquie. L’accord de cessez-le-feu signé ignore complètement ces questions faisant craindre de voir resurgir un conflit armé dans les prochaines années.

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