Le Haut-Karabakh : le “jardin noir du Caucase”

Haut-Karabagh, Jardin noir du Caucase

Le 27 septembre 2020, à l’aube, l’armée azerbaïdjanaise lance une offensive dans la région du Haut-Karabakh, ou autrement dit, la République du Haut-Karabakh autoproclamée en 1991. L’objectif de la manœuvre étant de reprendre le contrôle de ce territoire alors aux mains des sécessionnistes. Cet État autoproclamé, et constitué à 95 % de populations arméniennes aujourd’hui, est depuis son indépendance soutenu par l’Arménie. En effet, en plein cœur du Caucase du Sud, la région du Haut-Karabakh se situe au carrefour de l’influence de deux “blocs” : la Russie et la Turquie depuis très longtemps, donnant  à ce territoire un caractère névralgique dans les tensions régionales.

     Le récent conflit tire ses racines d’événements qui datent de l’effondrement de l’URSS. Ces derniers conduisent à l’indépendance des Républiques socialistes qu’étaient l’Arménie et l’Azerbaïdjan et à la perte d’autonomie du Haut-Karabakh. Néanmoins, afin d’appréhender plus efficacement la complexité de la situation régionale, il est pertinent de replacer la question du Haut-Karabakh dans un contexte historique plus large.

En 1918, soit un an après la chute de l’empire russe, l’Azerbaïdjan et l’Arménie proclament leur indépendance et la région du Haut-Karabakh devient un territoire négocié. Quatre années plus tard, alors que l’Union soviétique vient de “naître”, Staline commissaire aux nationalités décide, suivant l’adage “diviser pour mieux régner” et en gage d’amitié à l’Azerbaïdjan important producteur de pétrole, de rattacher la province du Haut-Karabakh à cette dernière. Après avoir obtenu le statut de région autonome au sein de la République socialiste d’Azerbaïdjan en 1923, la pression exercée par le pouvoir central soviétique du Kremlin associé à sa volonté de placer le socialisme au-dessus du nationalisme a permis la mise en place d’un statu quo dans la région. Ce dernier ne sera remis en question qu’à la fin des années 1980.

En effet l’affaiblissement puis l’effondrement de l’URSS vont avoir raison de cette paix relative. Lors de la perestroïka gorbatchévienne en 1988, le Haut-Karabakh procède à un référendum pour le rattachement à l’Arménie. Avec une écrasante majorité, le Haut-Karabakh vote pour. Après un refus coordonné entre Moscou et Bakou des émeutes anti-arméniens éclatent à l’Est de l’Azerbaïdjan faisant de nombreuses victimes. Les tensions s’enveniment à partir de 1991 à la suite de l’effondrement de l’Union soviétique. Conséquence directe pour la région du Haut-Karabakh : elle perd son autonomie au sein de République d’Azerbaïdjan nouvellement indépendante. En réaction, celle-ci vote son indépendance. Les combats qui avaient commencé trois années plus tôt vont s’intensifier entre les combattants de la région sécessionniste et les forces azéries. Suite à l’intervention des forces armées arméniennes permettant la prise de contrôle de la capitale du Haut-Karabakh, Stepanakert, puis du corridor de Latchine, point stratégique permettant la liaison avec la “mère patrie”, un cessez-le-feu est signé en 1994 à Moscou. Ce dernier vient “entériner” les positions de chacun (13% de perte territoriale pour l’Azerbaïdjan) et mettre fin à un conflit de six années dont les affrontements ont fait entre 20 000 et 30 000 morts des deux côtés. Ajouté aux violents heurts de 2016 lors de la “guerre des quatre jours”, le conflit récent vient rappeler le caractère cyclique d’une problématique non résolue et qui amène régulièrement à une résurgence des tensions.

     Les affrontements ayant eu lieu entre le 27 septembre et le 9 novembre 2020, date du cessez-le-feu, ont pris une dimension régionale suite à la participation des puissances.

     Associée aux tensions historiques entre Ankara et Erevan, grandement liées à la non-reconnaissance du génocide arménien, la Turquie qui voit dans l’Azerbaïdjan turcophone un relai d’influence dans le Caucase a directement pris parti pour Bakou. Outre une prise de position diplomatique forte de la part du président Erdogan, la Turquie a pourvu son allié caucasien en matériel militaire (et notamment en drones, outils stratégiques indispensables dans cette région montagneuse) mais également en mercenaires syriens. L’investissement turc dans le conflit a rendu les combats asymétriques consacrants, à la suite de la signature du cessez-le-feu, la victoire militaire de l’Azerbaïdjan qui récupère la seconde ville de l’enclave, Chouchi (ville historique et hautement stratégique, car elle est située sur la route reliant l’Arménie à la capitale autoproclamée Stepanakert) ainsi que les autres districts du glacis sécuritaire mis en place autour du Haut-Karabakh.

La Russie qui entretient des relations avec les deux protagonistes (l’Arménie fait partie de l’OTSC, vente d’armes à l’Azerbaïdjan) a essayé de garder une certaine équidistance et a cherché à se positionner en médiatrice du conflit. Chose faite le 9 novembre dernier après la signature sous l’égide de Moscou d’un accord de cessation des combats dans le Haut-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Des soldats russes de maintien de la paix ont également commencé à être déployés dans la région.

    Enfin intervient aussi dans ce conflit la rivalité israélo-iranienne. L’État hébreu soutient ouvertement l’Azerbaïdjan chiite pour des raisons commerciales (importation de gaz), mais aussi militaires (vente d’armes). En effet, Israël voit dans la République azérie une sorte de base arrière contre l’Iran. Du côté iranien, le soutien à l’Arménie est plus discret et s’inscrit dans une dimension géostratégique et historique, notamment liée à la présence au nord de l’Iran d’une importante minorité turcophone d’origine azérie qui revendique périodiquement son rattachement à l’Azerbaïdjan.

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