République Fédérative du Brésil : respect et protection des droits de l’Homme bafoués sous l’administration Bolsonaro

Une victoire controversée

Dimanche 28 octobre 2018. La République Fédérative du Brésil élit son 38e président, Jair Messias Bolsonaro, avec plus de 55% des suffrages en sa faveur. Ce candidat d’extrême-droite, du Parti Social Libéral brésilien, prend la tête du pouvoir dans un pays affecté par la crise économique, par des scandales de corruption d’anciens membres du gouvernement, mais aussi dans un pays considéré comme l’un des plus violents au monde avec 63 880 homicides commis en 2017, selon les recensements de l’ONG Fórum Brasileiro de Segurança Pública.

Il est donc aisé de comprendre pourquoi les scrutins en faveur de Jair Bolsonaro, pourtant surnommé le « Trump tropical », se sont révélés si élevés : la population brésilienne souhaite un renouveau et vote en faveur de celui qui semble représenter le « sauveur de la patrie », le « chantre de la lutte contre l’insécurité et la corruption », alors même que cet ancien capitaine de l’armée est malheureusement connu pour ses nombreux propos racistes, misogynes et homophobes qui lui ont notamment valu d’être au cœur de multiples procédures disciplinaires auprès du Conseil d’éthique du Congrès brésilien.

Les grands spécialistes du Brésil s’accordent pour le dire : Jair Bolsonaro a fondé sa stratégie sur la recherche de la polémique et son élection à la présidence de la République Fédérative du Brésil inquiète plus que ne rassure. En effet, bien avant l’élection présidentielle de 2018, Jair Bolsonaro n’est pas considéré dans le paysage politique brésilien comme un « parlementaire important » mais plutôt comme « médiatique » : « Il a de la visibilité en raison de son caractère autoritaire, mais c’est un parlementaire inefficace, qui ne pèse pas dans les décisions importantes ». Force est de constater, au vu des travaux de Frédéric Louault, professeur à l’Université libre de Bruxelles et spécialiste du Brésil, que Jair Bolsonaro « n’a présidé aucune commission, n’a dirigé aucun groupe politique », et malgré ses tentatives d’être élu à la Chambre fédérale en 2005, 2011 et 2017, il n’a pu recueillir suffisamment de votes.

De plus, lors de la pré-candidature à la présidentielle de 2018, Jair Bolsonaro ne recensait que « 5% d’intentions de vote » ; cependant, comment expliquer sa victoire aux élections présidentielles de 2018 ? La réponse est simple : usage habile des réseaux sociaux dans le but de discréditer ses concurrents, alimenter sa stratégie de polémique et en même temps faire grimper sa cote de popularité. Par exemple, l’emprisonnement pour corruption et l’invalidation de la candidature de Lula, ancien président favori dans les intentions de vote et rival de Jair Bolsonaro, a permis à ce dernier de gagner la confiance de l’électorat déçu par le système politique corrompu. En effet, Maud Chirio, historienne spécialiste de l’histoire contemporaine du Brésil, explique que le programme du candidat d’extrême-droite est « peu détaillé » et ce de manière assumée, ce qui amène les électeurs à voter « sur des idées générales et sur une personne plutôt que sur un programme précis » : Jair Bolsonaro entend s’attaquer à l’insécurité, le chômage, la crise économique, … ces sujets sensibles au Brésil qui mobilisent la population et qui rendent possible, paradoxalement, la victoire de Jair Bolsonaro aux élections présidentielles de 2018. Son accession au pouvoir met cependant en danger les droits humains, le respect des minorités et le principe même de la démocratie dans la République Fédérative du Brésil.

Les droits humains frontalement attaqués

Sécurité, environnement, défense des droits humains, … ces sujets, présents dans le programme de campagne de Jair Bolsonaro, n’évoquent malheureusement que de progressives violations des droits humains. En effet, le candidat d’extrême-droite ultraconservateur et néolibéral devenu président de la République Fédérative du Brésil prévoit, pour appuyer son discours ouvertement anti-droits humains, de nombreuses réformes législatives et constitutionnelles qui ne présagent finalement qu’un recul et une mise à mal des droits de l’Homme dans le pays.

En tant que fervent nostalgique de la dictature militaire des années 1964-1985 qu’il considérait comme époque « démocratique », Jair Bolsonaro entend donner davantage de souplesse à l’armée et aux forces de l’ordre quant au maintien de la sécurité au Brésil. C’est ce qui légitime par exemple une mesure assez paradoxale qui est celle de « libéraliser l’accès aux armes à feu pour la protection et la légitime défense des personnes et de leur propriété » : en effet, cela ne ferait que multiplier les crimes arbitraires, renforcer l’impunité et aggraver la situation du pays qui est déjà considéré comme l’un des plus violents au monde. Dans les favelas et notamment pour appuyer son « plan anti-criminalité », Jair Bolsonaro souhaite également donner « carte blanche » aux militaires et policiers pour abattre des criminels présumés, sans qu’une enquête n’ait lieu : cette mesure viendrait tout à fait compromettre le principe même de démocratie et de droit envers chaque être humain qui ne tient compte ni de l’origine, de la localisation géographique ou encore des motivations acceptables sur le plan juridique ou non d’un potentiel suspect. De plus, le prétexte de la « guerre contre la drogue » est fréquemment utilisé pour légitimer des interventions policières profondément violentes et punies au regard des violations des droits de l’Homme au niveau international : par exemple, en 2019 la police de Rio est considérée comme la « plus meurtrière » du Brésil. Des mesures portant atteinte au droit des victimes à obtenir vérité, réparation et justice pour des crimes de droit international commis par les autorités sous le régime militaire sont également prévues, ce qui détruit progressivement le modèle démocratique bâti au Brésil.

Sur le plan de l’économie et du chômage, Jair Bolsonaro soutient un discours tout à fait en opposition aux droits sociaux humains, ce qui augmente la pauvreté : « Ce que me disent les entrepreneurs, et je suis d’accord avec eux, c’est que le travailleur va devoir choisir : moins de droits et plus d’emplois ou plus de droits et du chômage ». Un vaste plan de privatisation des entreprises publiques et de vente des propriétés foncières de l’État est privilégié en République Fédérative du Brésil plutôt que l’assistance sociale aux plus défavorisés et démunis qui sont, finalement, les plus touchés par cette politique quasi-autoritaire mise en place par l’administration Bolsonaro.

D’autre part, le domaine de l’environnement est profondément impacté par ces réformes et les droits humains sont, de fait, directement dans la ligne de mire de ces nouvelles mesures. En effet, l’un des objectifs majeurs de l’administration Bolsonaro est de favoriser l’agrobusiness ce qui signifie, par exemple, la fusion des Ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, l’autorisation de projets industriels dans des zones protégés pour satisfaire les appétits des grands propriétaires terriens brésiliens, ou encore la déforestation illégale. L’Amazonie est actuellement le sujet le plus brûlant du Brésil puisqu’on y recense une implication à plusieurs échelles. La politique de Jair Bolsonaro ouvre tout d’abord la porte aux exploitations de tous types dans une zone déjà fragilisée par les récents incendies de 2019 ; depuis, la déforestation ne fait malheureusement que s’étendre, avec 9165 kilomètres carrés de forêts rasés, en nette augmentation depuis 2018. Ensuite, la menace qui pèse sur l’Amazonie rappelle celle qui pèse sur les peuples autochtones, les quilombolas, et leurs droits : avec cette crise, ces communautés se voient confisquer leurs terres et la législation brésilienne protégeant les territoires des peuples indigènes se voit bafouée par l’administration Bolsonaro qui a considérablement affaibli ces mesures. En 2019, on recensait au moins 160 cas d’invasions de leurs terres par des propriétaires qui n’hésitent pas à faire usage de la violence pour les chasser ; notons par exemple le bras de fer entre la communauté Mura d’Urucurituba et l’entreprise canadienne de potassium PotashCorp comme symbole d’une lutte inégale entre une communauté autochtone déjà marginalisée qui tente de se défendre et une multinationale dont les objectifs sont approuvés par le gouvernement, au détriment de sa propre population.

À plus grande échelle, ce sont la liberté d’expression, le droit et le respect des minorités qui sont attaqués par l’administration Bolsonaro en République Fédérative du Brésil. En effet, outre des déclarations profondément et ouvertement homophobes, racistes et misogynes, le président Jair Bolsonaro, fervent catholique et soutenu par l’Église évangélique, remet en cause l’indépendance et l’autonomie du système interaméricain des droits de la personne, ce qui touche directement les femmes, les minorités indigènes, afro-brésiliennes et LGBTQI de la société brésilienne -et notons à juste titre que la défense des LGBTQI a été retirée des prérogatives du Ministère des Droits Humains-, ou encore tous ceux qui, du point de vue politique, s’opposeraient à sa manière de gouverner. Par exemple, Jair Bolsonaro assure mettre en œuvre « le grand nettoyage du pays des marginaux rouges, des hors-la-loi gauchistes » et ne leur laisser que l’option de l’exil ou de la prison ; il va plus loin en qualifiant de « terroristes » les membres du Mouvement des sans-terre, organisation défendant les paysans brésiliens non-propriétaires. Soutenue par l’élite du pays, l’administration Bolsonaro souhaite instaurer, selon les analyses de l’historienne Maud Chirio, une « loi de la majorité » qui imposerait une norme « aux Indiens, aux homosexuels, aux Noirs, aux militants de gauche, aux minorités et aux oppositions » et les empêcherait de faire appel à toute alternative pour réclamer leur droit ou une protection. L’administration Bolsonaro en République Fédérative du Brésil cherche également à faire taire les médias non coopératifs à ses idées, ce qui est pourtant totalement contraire aux principes libres et démocratiques : par exemple, Jair Bolsonaro a déclaré vouloir mettre fin à « tout activisme » au Brésil mais subventionne au contraire les médias évangéliques prônant un discours conservateur, c’est-à-dire un discours anti-mariage gay, antiavortement, en faveur d’un rôle ‘traditionnel’ des femmes.

L’affaire Marielle Franco : symbole d’une défense des droits de l’Homme aujourd’hui au Brésil devenue fatale et d’une société civile dans l’incapacité d’agir concrètement

Ainsi, défendre les droits humains s’avère risqué au Brésil, puisque la justice est instrumentalisée au service de la politique, la politique est militarisée et l’administration Bolsonaro tend même à criminaliser toute défense des droits humains. En effet, Jair Bolsonaro n’a eu de cesse, durant sa campagne pour les élections présidentielles en 2018, de critiquer le travail des ONG et de tenter d’interférer dans leurs affaires pour rendre leur action complexe voire inefficace. Dès son élection, ses critiques ont repris et se sont intensifiées, allant jusqu’à rendre coupables les organisations de la société civile d’être responsables des feux de la forêt vierge amazonienne en 2019, dans le but de lui nuire. De ce fait, l’administration Bolsonaro tente d’établir dans les institutions un véritable réseau afin de faire barrage à tous ses opposants et de parvenir à contrôler toutes les organisations non-gouvernementales qui essaieraient de lui faire face : cela s’est produit par exemple lorsque la Fondation Nationale de l’Indien (FUNAI), qui a pour rôle de protéger, par le recensement et la cartographie, les terres traditionnellement habitées par les communautés indigènes, a perdu toute indépendance en se retrouvant sous la tutelle de Tereza Cristina da Costa, propriétaire terrienne soutenant l’agrobusiness.

Défendre les droits humains au Brésil n’est pas seulement synonyme de contrôle et de limitation d’expression de la part du gouvernement, mais peut également entraîner la mort : c’est le cas notamment pour Marielle Franco, conseillère municipale engagée dans la défense des droits des Noirs, des femmes, des plus pauvres, de la communauté LGBTQI et des victimes de violences policières à Rio de Janeiro, qui fut sauvagement assassinée lors d’une embuscade avec son chauffeur Anderson Gomes. L’affaire débute en mars 2018 et même si deux suspects et leurs complices ont été arrêtés, l’affaire n’est pas entièrement résolue puisqu’il s’agit toujours de comprendre qui a commandité ce meurtre et pourquoi. De plus, les autorités brésiliennes ne prennent pas assez de mesures pour permettre aux défenseurs des droits humains en République Fédérative du Brésil d’être suffisamment protégés lorsqu’ils exercent leur profession, ce qui renforce le climat d’insécurité et de danger pour les défenseurs des droits humains au Brésil et rend tout à fait légitime sa place parmi les pays les plus violents au monde. La solution pour ces défenseurs est malheureusement la fuite : c’est le cas par exemple de Jean Wyllys, défenseur des droits humains et député brésilien du Parti Socialisme et Liberté (PSOL) qui a choisi, dès le début de l’année 2019, de quitter le Brésil suite aux menaces de mort qui pesaient sur sa famille et lui-même. Sa fuite représente le climat assez préoccupant au Brésil aujourd’hui quant à la question des droits humains et de la démocratie.

Ainsi, parce que la société civile est incapable d’agir concrètement au Brésil aujourd’hui, il est plus que nécessaire d’avertir la communauté internationale, partenaire de cette puissance émergente dans le monde, qui peut à son tour agir. C’est donc avec cette volonté de défendre les droits humains et de dénoncer l’État autoritaire qui se met en place sous l’administration Bolsonaro que les ONG internationales se mobilisent et tentent d’avoir voix au chapitre. Par exemple, Amnesty International, sous l’impulsion de Jurema Werneck, directrice d’AI Brésil, et Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques d’AI, lance en mai 2019 la campagne Le Brésil pour tous dans laquelle est énoncée toutes les préoccupations concernant la situation au Brésil depuis l’élection de Jair Bolsonaro à la présidence : de ce fait, une lettre ouverte a également été rédigée et directement adressée au président Jair Bolsonaro, le priant de conserver intacts les droits humains dans son pays. À notre échelle nationale, c’est le Secours Catholique qui se mobilise au sein du collectif Coalition Solidarité Brésil, avec seize organisations de solidarité internationale françaises. Ce collectif publie notamment depuis 2019 un baromètre intitulé Le Brésil résiste, lutter n’est pas un crime ! qui a pour objectif, selon Luis Urrego, de « faire connaître la dérive autoritaire du pouvoir brésilien aux États européens pour qu’ils prennent position car ils sont des partenaires commerciaux du Brésil ». Puisqu’au Brésil, l’administration Bolsonaro ne publie pas officiellement les données, il en revient à la communauté internationale d’être consciente de cet enjeu de société et d’agir pour stopper au Brésil la politique autoritaire et anti-droits humains de celui qu’on appelle le président « Bible, bœuf, balles », c’est-à-dire influencé par les Églises évangéliques, l’agrobusiness et les armements militaires.

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Une réponse sur « République Fédérative du Brésil : respect et protection des droits de l’Homme bafoués sous l’administration Bolsonaro »

Bravo pour ton article, il est très intéressant. Heureusement, qu’il existe des jeunes comme vous de CONSCIENT. pour nous informer de ce qui se passe au Brésil et dans le monde. Je voudrai te féliciter et t’encourager pour les prochaines informations du monde.

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