Situation humanitaire des civils ukrainiens

Photo article Ukraine

Source : Kmr.gov.ua

Des civils largements victimes des opérations militaires russes:

Le Conseil des droits de l’Homme a adopté le 4 mars 2022 une résolution dans laquelle il a décidé de créer une commission d’enquête internationale indépendante chargée d’enquêter sur toutes les violations présumées des droits de l’Homme dans le cadre de l’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine.  

Le Conseil a décidé de créer d’urgence une commission d’enquête internationale indépendante, constituée de trois experts des droits de l’Homme, qui seront nommés par le président du Conseil des droits de l’Homme pour une durée initiale d’un an, et dont le mandat sera le suivant : “enquêter, entre autres, sur toutes les allégations de violations et d’abus des droits de l’Homme et de violations du droit international humanitaire, ainsi que sur les crimes connexes, dans le contexte de l’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine, et établir les faits, les circonstances et les causes profondes de ces violations et abus ; et faire des recommandations, en particulier sur les mesures de responsabilisation, le tout en vue de mettre fin à l’impunité et d’assurer la responsabilisation[1]”.

Le vote de cette résolution intervient après que depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, le 24 février 2022, l’armée de Vladimir Poutine est été accusée de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, parce qu’elle cible entre autres des objectifs civils, mais aussi parce qu’elle utiliserait des armes qui sont prohibées, telles que des bombes à sous-munitions.

Les armes à sous-munitions s’ouvrent en l’air et dispersent des dizaines, voire des centaines, de petites sous-munitions sur une vaste zone. Souvent, elles n’explosent pas à l’impact initial, laissant des sous-munitions non explosées qui agissent comme des mines terrestres si elles sont touchées. L’utilisation d’armes intrinsèquement non discriminantes dans des zones peuplées est interdite par le droit humanitaire international, qui régit la conduite de la guerre. Un traité international interdit les armes à sous-munitions en raison de leur effet non discriminant généralisé et du danger durable qu’elles représentent pour les civils, mais la Russie et l’Ukraine ne sont pas des États parties à ce traité[2].

Le 28 février 2022, la Russie a bombardé sans discernement la deuxième plus grande ville d’Ukraine, Kharkiv, dans une attaque qui a fait au moins onze victimes civiles, en a blessé beaucoup d’autres et a détruit des maisons. Cet incident n’est pas isolé ; comme l’a précédemment rapporté le DFRLab (digital forensic lab de l’Atlantic Council)[3], la Russie a bombardé la ville depuis le début de la guerre. Compte tenu de la nature intrinsèquement non discriminante des armes à sous-munitions et de leurs effets prévisibles sur les civils, leur utilisation, telle qu’elle a été documentée à Kharkiv, pourrait constituer un crime de guerre.

Le 2 mars, un groupe de pays membres de la Cour Pénale Internationale a également soumis la situation en Ukraine au procureur de la Cour pour enquête. Le procureur a ensuite déclaré que son bureau allait immédiatement ouvrir une enquête sur l’Ukraine.

Dans l’est de l’Ukraine, un cessez-le-feu de cinq heures devait être mis en place samedi 5 mars pour permettre à environ 200 000 personnes de Mariupol et 15 000 habitants de la ville de Volnovakha de partir.

Mais l’initiative a échoué après quelques heures. L’administration de la ville de Mariupol a déclaré que l’évacuation avait été “reportée pour des raisons de sécurité” car les troupes russes continuaient à bombarder la ville et ses environs[4].

Vue d’ensemble sur la situation humanitaire (au 6 mars 2022) :

Au 6 mars à minuit, le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme (HCDH) fait état d’au moins 1 207 victimes civiles, dont 406 tués. Le nombre réel de victimes civiles est probablement beaucoup plus élevé, car les décès et les blessures de civils continuent d’être vérifiés. 

Les mouvements de population se poursuivent à l’intérieur du pays et au-delà des frontières. L’afflux massif de personnes se dirigeant vers l’ouest de l’Ukraine risque de dépasser les capacités de réponse nationales déjà mises à rude épreuve et de toucher de manière disproportionnée les groupes les plus vulnérables. Le nombre de réfugiés en provenance d’Ukraine ayant dépassé 1,73 million de personnes. 

Le ministère de l’énergie ukrainien indique qu’environ 650 000 personnes sont privées d’électricité et qu’au moins 130 000 personnes restent privées de gaz naturel dans l’est, le nord et le sud du pays, dans un contexte d’hostilités persistantes. Les équipes de réparation ont besoin de moments de répis concernant les opérations militaires car la détérioration rapide de la situation sécuritaire les empêche de rétablir les services essentiels, notamment l’électricité, le gaz et l’eau. 

Bien que de nombreuses personnes déplacées à l’intérieur du pays soient apparemment hébergées dans des logements privés, un nombre croissant d’entre elles cherchent refuge dans des abris ou des centres collectifs. Ces installations sont confrontées à des conditions de surpopulation, à l’absence de séparation par sexe et à la faiblesse des services de base tels que l’électricité et l’eau, ce qui augmente considérablement le risque de violences fondées sur le genre et de transmission de COVID-19. La nourriture et les articles non alimentaires font toujours partie des besoins urgents dans les centres de transit/réception accueillant des personnes déplacées[5]

Défis et problématiques humanitaires du conflit :

L’accès aux communautés touchées par le conflit reste sévèrement limité, tandis que la détérioration constante de la situation sécuritaire empêche toute possibilité d’évacuation dans de nombreux endroits, ce qui entraîne l’accumulation et l’exacerbation des besoins non satisfaits. 

La présence opérationnelle des organisations humanitaires est actuellement réduite à certaines parties du pays, car de nombreuses organisations, grâce à l’accord des parties aux hostilités en cours, ont été contraintes de relocaliser leur personnel dans des lieux sûrs où elles peuvent opérer, adapter leurs programmes et planifier l’expansion de leur présence et de leurs opérations. 

Les possibilités de transport routier en Ukraine sont restreintes par le manque de ressources humaines disponibles en raison du conflit en cours. Les flux de marchandises vers l’Ukraine continuent d’être interrompus en raison du manque de disponibilité des transporteurs et de leur capacité à entrer et sortir d’Ukraine. 

La concurrence pour les ressources et les services logistiques en Ukraine et dans les zones frontalières continue de s’intensifier car un nombre croissant d’acteurs intensifient leurs activités de réponse, ce qui entraîne des difficultés pour les organisations humanitaires à garantir l’accès aux fournisseurs de services logistiques. 

L’accès aux services de santé, aux médicaments essentiels et aux biens marchands est rendu difficile par les problèmes de sécurité et les restrictions de mouvement liés aux hostilités, à la loi martiale et aux couvre-feux imposés. Les autorités locales et les organisations humanitaires ont besoin de trêve des combats pour rétablir l’eau, l’électricité et d’autres services de base. 

L’infrastructure liée à l’eau (y compris les systèmes d’approvisionnement et d’électricité, les machines d’entretien, les véhicules, etc.) risque d’être endommagée et/ou détruite. En raison des hostilités en cours, la mise en œuvre de l’approvisionnement d’urgence en eau par le biais du transport routier et de la distribution d’eau en bouteille reste difficile. Le personnel technique est très limité pour faire fonctionner les systèmes d’approvisionnement en eau, en particulier le long de la “ligne de contact”, et pour entreprendre les travaux de réparation. 

Les organisations humanitaires manquent de ressources et de fonds pour apporter le soutien nécessaire. Il y a une pénurie de produits de base et un accès fortement réduit aux services essentiels pour les personnes touchées. La plupart de l’aide alimentaire arrive actuellement de l’étranger, ce qui fait de l’accélération du mouvement transfrontalier des biens humanitaires une priorité de réponse. Il y a également un manque d’entrepôts de stockage de nourriture à Kiev et dans d’autres villes pour permettre la création de kits alimentaires. 

Les services bancaires partiellement non opérationnels, la hausse des prix et les restrictions de mouvement dans les zones touchées limitent l’efficacité de l’aide en espèces. Le manque de carburant et la capacité des organisations à obtenir des liquidités pour acheter des articles de secours continuent d’entraver la rapidité des activités d’intervention[6].


[1] OHCHR, Human Rights Council establishes an Independent International Commission of Inquiry to investigate all alleged violations of human rights in the context of the Russian Federation’s aggression against Ukraine, 4 Mars 2022.

[2] Human Rights Watch, Ukraine: Cluster Munitions Launched Into Kharkiv Neighborhoods, 4 Mars 2022.

[3] Medium.com, Geolocating Russia’s indiscriminate shelling of Kharkiv, 1er Mars 2022

[4] Dw.com, What are humanitarian corridors?, 6 Mars 2022.

[5] Reliefweb.int, Ukraine: Humanitarian Impact Situation Report (As of 3:00 p.m. (EET), 7 March 2022), 7 Mars 2022.

[6] Reliefweb.int, Ukraine: Humanitarian Impact Situation Report (As of 3:00 p.m. (EET), 7 March 2022), 7 Mars 2022.

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