Le Sud-Kivu congolais en proie à de nouveaux conflits interethniques

Sud-Kivu congolais

Au mois d’octobre dernier, la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo, a été le théâtre d’affrontements entre des Congolais tutsis aux lointaines origines rwandaises (Banyamulenge), et d’autres communautés congolaises de la région se réclamant autochtones (Bafuliro, Babembe, Banyiunu, Maï-Maï…). La région abrite depuis 1994 des centaines de milliers de Rwandais tutsis venus y trouver refuge après avoir subi des exactions dans leur pays d’origine. Ils sont pour la plupart des éleveurs de bétail, mais depuis début 2019, un sentiment anti-rwandais sévit parmi les autres communautés congolaises de la région, qui accusent les Banyamulenges de porter atteinte à l’intégrité territoriale congolaise, et de s’approprier leurs terres. Les choses ne se sont pas arrangées depuis le 28 septembre 2020 et la décision administrative d’élever Minembwe, un groupement de villages à majorité Banyamulenge, au rang de commune à part entière. Décision appuyée par le ministre congolais de la Décentralisation, Azarias Rubwera, lui-même issu de la communauté Banyamulenge. Cette décision fut annulée par le président congolais en personne, Félix Tshisekedi, après que l’affaire eut pris une dimension politique sans précédent, certains opposants à la décision dénonçant ainsi une « Balkanisation » de l’Est du pays, portant gravement atteinte à l’unité et l’intégrité territoriale du pays. 

Fin octobre 2020, les affrontements ont occasionné 19 morts dont 2 civils et 17 combattants, dans ce qui s’apparente à un conflit par milices interposées. Mais depuis début 2019, ce sont près de 128 personnes qui ont été tuées, indique le Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l’homme (BCNUDH). Le conflit a quant à lui déplacé plus de 110 000 personnes depuis début 2019 selon le bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations-Unies (OCHA), un chiffre qui reste toutefois difficile à établir. Des Casques bleus pakistanais sont sur zone et tentent tant bien que mal de protéger les populations Banyamulenge contre les incursions des milices d’autres communautés, mais l’action onusienne n’aura pas suffi et rapidement, des milices d’auto-défense Banyamulenge, les Twigwaneho, ont pris le chemin des armes. 

Depuis deux ans donc, la situation sécuritaire s’est considérablement dégradée dans la région des hauts plateaux du Sud-Kivu, où les civils sont les premières victimes, avec des villages incendiés et leurs habitants assassinés. Le conflit a pris une allure de conquête territoriale, où une constellation de milices se voulant « autochtones » sont accusées de vouloir perpétrer un nettoyage ethnique, en chassant les Congolais tutsis. En outre, 265 000 têtes de bétail ont été volées et des pasteurs tutsis ont été tués, ce qui laisse penser que ce conflit représente aussi une opportunité économique pour les miliciens anti-tutsis. À ce propos, les politiciens relayant la haine ethnique et probablement animés par des intérêts économiques portent une lourde responsabilité. 

Ponctuellement, des initiatives de réconciliation sont portées par le gouvernement et la société civile ; c’est ainsi qu’un cessez-le-feu a été négocié avec les différentes milices pro-tutsis et anti-tutsis. L’armée congolaise, soupçonnée par les Banyamulenges de participer au trafic de bétail en collaborant avec les milices anti-tutsis, a indiqué que le cessez-le-feu avait été brisé le 1er octobre 2020 par les Twigwaneho, les milices d’auto-défense Banyamulenge.

Plus que jamais, la situation sécuritaire et humanitaire risque de s’empirer : d’un côté des milices Banyamulenge qui contre-attaquent les offensives anti-tutsis, les poussant parfois à commettre des exactions, comme peuvent en témoigner certains villageois de communautés se voulant « autochtones ». De l’autre côté, des miliciens anti-tutsis, que certains politiciens peu scrupuleux manipulent à coup de discours de haine, participent à ce qui se veut être un nettoyage ethnique tout en profitant des butins de guerre, véritable source de revenus.

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